A l’heure de l’hybride

Un article que j’ai écrit pour le numéro 406 du Français dans le monde


Des maisons d’édition aux pratiques de classe, le numérique change la donne plus particulièrement dans les centres de langue où l’enseignement hybride a su trouver des solutions fructueuses pour enrichir l’enseignement face à face par des stratégies numériques.

Avant, pendant, après le cours

FDLM

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La force des dispositifs hybrides est d’enrichir par le numérique l’expérience pédagogique en face à face. En d’autres termes, il s’agit d’augmenter le  “présentiel” par l’environnement en ligne.
Certaines Alliances françaises, Instituts français ou départements universitaires ont développé des stratégies proposant des outils et des ressources numériques utilisables avant, pendant et après la séance de cours.

Voici la première observation. Avant le cours, ces centres utilisent des outils destinés aux enseignants pour préparer leurs séances et leurs projets (mutualisation des ressources, sitographies, gestion de courriels et de documents partagés dans le nuage – outils de type Dropbox, Google Drive) ;  pendant la séance, ils utilisent l’équipement des salles et de tous les acteurs de la classe : TBI, vidéoprojecteurs, ordinateurs, mais  aussi écrans connectés mobiles comme les tablettes ou les téléphones. Enfin, en aval du cours, les enseignants mettent en oeuvre l’usage d’outils qui prolongent l’expérience pédagogique dans des écritures variées sur des réseaux sociaux dédiés ou non aux apprenants.

En observant les usages numériques, on distingue également des outils/ressources qui favorisent les activités de réception et celles qui favorisent la production. Les maisons d’édition produisent des ressources pédagogiques très utilisées en activité de réceptions : orale, écrite, sous format textuel, visuel, vidéo… Les outils de production, quant à eux, sont liés à la créativité et à l’ingénierie de chaque enseignant. La démocratisation des outils de traitement des photos, du son, des vidéos ou de présentations socialisées ouvrent de grandes perspectives, tout comme les usages du web social qui accompagnent les projets des apprenants.

Flexibilité et multiples supports

Les maisons d’édition proposent toutes dorénavant des méthodes qui développent un pendant numérique aux formes variées. A la disposition de l’enseignant et des apprenants, ces ressources sont accessibles sur multiples supports : des milliers d’exercices autocorrectifs, des vidéos supplémentaires, disponibles sur tablettes, téléphones connectés, tableaux blancs interactifs, plateformes de formation avec des ressources standards sous format commun.
Ces ressources offrent l’intérêt de fournir un complément d’apprentissage toujours accessible, avec un contenu multimédia. Les enseignants peuvent également adapter le contenu de certains manuels en ligne selon leurs besoins ou accéder à des espaces virtuels et à des environnements complexes, destinés et configurés pour leurs besoins ou ceux des apprenants et de l’institution.

Dans les manuels, la place d’Internet et des pratiques numériques

Les pratiques numériques contemporaines font évidemment partie du contenu thématique des manuels actuels. Il y a quelques temps, Internet et les nouvelles technologies n’étaient présents que dans les activités de compréhension écrite. Objets quotidiens de communication sociale et professionnelle, les courriels sont entrés massivement dans les manuels comme documents authentiques à exploiter. Auparavant, en production écrite, les apprenants simulaient l’écriture de courriels et, à présent, de plus en plus d’enseignants se servent du courriel pour communiquer avec leurs apprenants en situation authentique.

Même phénomène avec les téléphones connectés et les tablettes. D’objets d’études présentés en article, ou en capture d’écrans, ils deviennent des outils d’enseignement utilisés en classe pour faciliter la gestion du groupe et devenir, chez les enseignants les plus expérimentés,  vecteurs d’’apprentissage.
Il est très fréquent aujourd’hui de voir, dès la première séance, les apprenants échanger leurs numéros de téléphone pour créer des groupes dans des réseaux sociaux de téléphonie (du type Whatsapp, Facebook Messenger…).

Les scénarios pédagogiques proposés par les méthodes intègrent le numérique dans la réalisation des tâches finales par l’apprenant. Internet, quelques années plus tôt, n’était qu’un prétexte : il s’agissait de créer, en simulation, un site, un blog, de compléter une fiche de renseignement en ligne ou de répondre à un forum de discussion.  Aujourd’hui, un enseignant connecté et ingénieux peut faire produire ses apprenants dans des réseaux dédiés à l’écriture ou, selon le projet, de lancer des écrits fonctionnels sur des réseaux sociaux authentiques : qu’il s’agisse de remplir son portfolio professionnel sur Linkedin, d’écrire un commentaire sur un réseau social de recommandations, d’échanger dans un groupe pour organiser une sortie. La simulation peut souvent être écartée et les interactions avec des locuteurs francophones possibles.

La formation des enseignants en dispositif hybride

La priorité, comme toujours, est de miser sur la formation des enseignants qui peuvent bricoler – au sens noble du terme défini par Claude Levi-Strauss – leur propre environnement numérique d’enseignement/apprentissage, de piloter et d’accompagner la production de projets numériques socialisés, enrichis de différentes formes d’écritures.
Le département langue française du CIEP, à travers les actions des universités BELC et de ses formations sur mesure, propose, chaque année, des centaines d’heures de formation liant la didactique du FLE et usages du numérique.

Les axes sont les suivants : se perfectionner par de parcours d’autoformation, mener des projets pédagogiques avec des outils numériques, mobiles ou sur Internet, administrer des réseaux enseignants et apprenants, produire du contenu pour classe inversée, construire sa veille professionnelle, piloter des dispositifs en ligne, définir et piloter une politique numérique d’établissement en associant logique de communication et logique de pédagogie numérique.
Grâce aux initiatives menées par les formateurs, les stagiaires du BELC produisent durant la formation, en dispositif hybride, de multiples projets numériques diffusés sur Internet, organisent des événements diffusés en ligne (éducamp, Belcamp), créent quantité d’infographies, de cartes mentales, d’affiches, de posters, de contenus transmédias, de dispositifs de réalités augmentées en production de qrcodes, par exemple.

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Les éditeurs ont toujours accompagné ses formations. Finissons ce panorama en évoquant les dirigeants.

L’illusion du web 1 : les centres de ressources

Cela fait déjà deux décennies que les dirigeants des centres de langue ou des départements de langues vivantes ont souhaité enrichir les cours en face à face par des dispositifs d’enseignement en ligne. L’arrivée du concept d’hybridation, de blended learning, a modéré les dispositifs trop radicaux et a brisé l’illusion que le cours de langue pouvait se faire en totale autonomie avec un apprenant, seul devant son écran dans un centre de ressources ou d’autoapprentissage. Les bibliothèques comme les centres de ressources sont en pleine crise car l’accès au savoir a profondément été modifié depuis dix ans par les  usages numériques.

L’apprentissage des langues est social : on apprend toujours mieux ensemble, et d’autant plus, pour les langues vivantes, vecteurs de communication entre les individus. L’investissement a été massif dans certaines universités pour une durée d’exploitation décevante : le matériel devient vite obsolète, les usages optimum de la classe pupitre rarement atteints, et la concurrence des usages personnels et privés des apprenants a modifié globalement la politique des usages et des services numériques. Dans les pays occidentaux, l’équipement personnel de chaque apprenant s’est profondément transformé également jusqu’à ce qu’on appelle la pratique BYOD Bring your own device.

Il est peu probable que des universités ou centres de langues réinvestissent autant qu’elles l’ont fait dans des équipements d’ordinateurs connectés en salle pupitre. Pourtant dans ce domaine, il est facile pour un dirigeant et pour d’autres, de céder au marketing éducatif et de suivre la dernière mode : laboratoire de langues, classe pupitre, tableau blanc interactif, MOOC, jeux sérieux, tablettes et mobiles, classe inversée… jusqu’à la prochaine trouvaille.

David Cordina, en 2009, développe des projets d’écriture sur Twitter avec ses étudiants étrangers de l’université de Lille et gagne un prix européen d’innovation de Microsoft Education. Il dirige ensuite la direction des cours de l’Alliance française de Bombay en développant de nombreux projets numériques. Il est actuellement chef de projet des universités BELC au Centre international d’études pédagogiques. (CIEP).  

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